Lynda Lemay pour « Bonheur » Magazine

– parution janvier 2014 –

Absente de la scène depuis quelque temps, elle fait cette année son grand retour avec un joli treizième album, Feutres et pastels, empreint, comme ses opus précédents, d’une authenticité et d’une poésie envoûtantes.

Avec humilité, humour et sincérité, la chanteuse du Québec vient à chacun de ses albums nous parler de nous, de nos vies, de nos espoirs, de nos regrets, de nos belles qualités et de nos gros défauts. Elle parle si bien des choses et des gens qu’on en oublie de lui demander comment va la vie pour elle, comment passent les années. C’est chose faite.

Trois ans après Blessée, Lynda Lemay revient avec un treizième album joliment coloré, tant au niveau des mélodies que des textes. Comme à son habitude, la chanteuse québécoise nous entraîne dans un univers teinté d’originalité, d’authenticité et de poésie, en abordant, à travers ses chansons à histoires, des thèmes tantôt bouleversants, tantôt drôles et légers. Feutres et pastels, tel est le nom de son nouvel opus. Feutres pour ce qui est sérieux et que Lynda ne craint pas de décortiquer : nos peurs et nos angoisses cachées (le temps qui passe, la solitude, les non-dits) ; pastels pour la joie et la légèreté qu’elle a irrémédiablement besoin d’exprimer, elle qui dit avoir le bonheur facile. Vingt ans de carrière et cette femme pétillante est toujours aussi populaire. La raison de ce succès est à chercher dans sa sincérité. Lynda Lemay se livre dans cet entretien telle qu’elle est : amicale et humaine. Elle nous dit son amour de la musique, de l’écriture. Elle nous parle de ses deux filles, qu’elle voit grandir heureuses. Elle nous dit surtout, comme un secret d’enfant – les seuls à être vrais – que l’essentiel dans la vie est de ne rien cacher de ce que l’on est.

 

Bonheur(s) magazine – Avec Feutres et pastels, votre nouvel album, vous revoilà sur les routes de France, à la rencontre du public. Comment abordez-vous ces retrouvailles ?

Lynda Lemay – J’ai pris tant de plaisir à écrire ces nouvelles chansons que j’ai tout simplement hâte chaque soir de les partager sur scène.

 

Le thème de la famille revient à nouveau et avec force dans cet album.
Lynda Lemay –
Oui, la famille reste mon thème fétiche, les relations parents-enfants me passionnent. J’ai besoin d’en parler. La chanson Quand j’étais petit gars raconte l’histoire d’un garçon devenu homme, qui se rend compte de tout ce que sa mère a fait pour lui lorsqu’il était petit. Il lui demande alors pardon, pardon pour n’avoir pas su voir cela, lorsqu’il salissait ses planchers, lorsque qu’elle criait son nom du balcon et qu’il ne voulait pas l’entendre. (Mais aujourd’hui je veux te demander pardon, te dire merci d’avoir autant crié mon nom. Il n’y a pas de chanson plus belle, que celle de ta voix qui m’appelle, comme autrefois, quand j’étais p’tit gars).

 

photo_1_lynda_lemayIl y a également le thème de l’amour que vous abordez avec pudeur, notamment celui d’une femme pour son amant.
Lynda Lemay –
Dans Reste avec elle, la maîtresse dit à son amant, d’une manière tendre et compréhensive : « Reste avec ta femme », tout en entendant à la fin tout le contraire… parce qu’elle l’aime. (Quand tu la quittes le temps d’un frisson, vas-y tout de suite, la rejoindre j’t’en prie, vas-y tout de suite la rejoindre, sinon reste avec moi). Une autre chanson traite de tout autre chose, puisqu’il s’agit de l’équilibre délicat entre le travail et la vie de famille et de la culpabilité que ressentent souvent les parents qui travaillent trop. J’aime aborder ce qui me touche, ce qui nous touche tous, les relations avec nos proches, la famille, l’amour, tout ce qui fait notre quotidien et nous donne l’essentiel de ce que nous sommes.

 

On vous sait très proche du public – vous restez d’ailleurs souvent à la fin de vos spectacles pour simplement parler avec les gens. Pendant le spectacle, vous n’hésitez jamais, en enchaînant vos chansons, à le surprendre, ce public, à le faire passer du rire aux larmes…
Lynda Lemay –
J’adore mettre le public en attente de l’inattendu, en déclenchant une émotion ici ou là, à des moments particuliers. J’aime l’emmener sur des chemins qu’il n’attend pas et qu’il découvre. Certaines de mes chansons amusent sans plus de prétention que de faire du bien, d’autres intriguent, questionnent plus profondément. Elles sont tour à tour légères, profondes, comme la vie.


Vos chansons sont pleines de poésie mais elles sont paradoxalement toutes empreintes d’un grand réalisme. On a le sentiment en les entendant que vous cherchez en permanence à dire les choses telles qu’elles sont, à briser les tabous en mettant des mots sur les maux.
Lynda Lemay –
Oui, j’aime traiter des sujets qui dérangent. Et j’essaie toujours de rester lucide, autant sur les choses gaies que sur les choses dérangeantes. Avec des titres comme J’ai battu ma fille ou encore La boue dans les yeux, qui traite du drame de la pédophilie, j’aborde des sujets réellement sensibles. Le but est au fond de provoquer des réflexions au moment de l’écoute de la chanson, et plus tard de susciter les conversations. J’aime l’idée que les gens vont ensuite discuter d’un problème, simplement à partir d’une chanson ! Les tabous, ça ne me dérange absolument pas de m’y attaquer, au contraire. Il faut dire les choses.

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Votre tournée française fera un arrêt de trois soirs à l’Olympia, en juin prochain, sur une scène où vous avez joué une cinquantaine de fois durant votre carrière. Vous êtes toujours restée fidèle à cette salle…
Lynda Lemay –
Quand j’étais jeune, l’Olympia, c’était pour moi le fantasme absolu. J’ai vu mes idoles y jouer. Aujourd’hui, si je sais que je vais me produire à Paris et que cette salle est libre, eh bien je la prends ! Étant fidèle de nature, j’aime bien retourner dans les mêmes lieux, et l’Olympia, je connais tellement bien cet endroit que je m’y sens chez moi. Bien sûr, je reste toujours aussi impressionnée qu’autrefois d’être sur la même scène que des artistes que j’admire, que j’ai écoutés et que j’écoute encore. Pour la petite fille de Portneuf (petite ville près de Québec, ndlr) qui toute sa vie n’a fait qu’écrire des choses intimes dans son coin sans rien savoir de ce qu’elle allait faire de tout ça, faire l’Olympia est une chose extraordinaire. En juin, ça fera 52 ou 53 fois que je jouerai là-bas… C’est fou !

 

Comment l’écriture et la musique sont-elles entrées dans votre vie ? Dans quel univers musical avez-vous grandi ?
Lynda Lemay –
J’ai toujours aimé écrire. Des poèmes ou des histoires, à côté desquels je faisais même des petits dessins… À la maison, on écoutait beaucoup de chanteurs français. Et puis il y avait ce disque Vibrations Magnifiques qui regroupait des artistes francophones, comme Brel, Reggiani, Aznavour, Serge Lama, Félix Leclerc, Sardou… J’écoutais cet album tout le temps. Je viens de là, de cette musique-là. Et puis, vers 20 ans, alors que j’écrivais toujours mes petites chansons dans mon coin, j’ai eu le déclic en écoutant une chanson de Francis Lalanne, Pleure un bon coup, ma p’tite Véro. C’était plus qu’une chanson, c’était une confidence, directe, intime. C’était un appel du cœur vers l’universel. J’ai adoré sa façon d’écrire, j’ai aimé cette chanson au sens premier du terme. Lalanne utilisait des mots inattendus, des mots qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre dans les chansons à la radio, des mots qui frappent, qui disent les vraies choses : Pleure un bon coup ma p’tite Véro, si t’as le moral à zéro. On peut pas toujours se marrer, ça fait du bien de pleurer. Pleure un bon coup laisse-toi aller, même si ça peut pas t’consoler. Le cafard quand ça fout le camp, faut qu’ça fasse du boucan. Mon style à moi était encore assez flou à l’époque mais grâce à cette chanson de Francis, j’ai eu envie d’emprunter ce chemin-là, ce type d’écriture…


Avez-vous pris des cours de musique ?
Lynda Lemay –
Oui, mais j’ai très vite arrêté. Et puis un jour je me suis mise à travailler quelques accords sur le piano de la maison, avec un poème que j’avais écrit. Et je me suis vue inventer une mélodie ! J’ai ressenti un coup de foudre pour la musique. Un coup de foudre définitif. J’ai senti que je pouvais communiquer ce que j’étais, ce que je ressentais par mes textes portés par une mélodie. J’avais envie de dire à tout le monde : « N’écoutez pas ma voix, mais écoutez mes textes. » Je me disais : « Tant pis si ma voix n’est pas parfaite, ce que je veux, c’est faire découvrir mes textes, mes chansons, mes émotions. » C’est comme ça que j’ai commencé à chanter.

 

bonheur_couv_lynda_lemayEn osant…
Lynda Lemay –
Oui j’osais ! D’ailleurs, ce que j’aimerais parfois dire aux jeunes qui débutent, c’est d’oser !
« Tu y crois à ta chanson ? Chante-la ! Partage-la ! Ose la chanter n’importe où. Pas besoin d’être sur une scène avec des éclairages et une mise en scène, non. Tu es avec ton groupe d’amis ? Eh bien si tu y crois à ta chanson, fais-la découvrir autour de toi, tout de suite. »

 Interview : Alex.
Retrouvez l’intégralité de l’interview de Lynda Lemay dans Bonheur(s) Magazine.

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1 Commentaire
  • arlettedutertre@gmail.com
    avril 28, 2016

    Génial , j’aime cette femme tout et riche d’amour en elle, c’est mon Ange Gardien. Merci!

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