Elisa Tovati pour « Bonheur » Magazine

« Le grand bonheur, ce sont les petits bonheurs du quotidien »
– parution avril 2014 –
Chanteuse, comédienne, Elisa Tovati est une artiste jamais là où on l’attend, à commencer par ses origines. Méditerranéenne, certes elle l’est. Mais elle est aussi et surtout slave. Son identité tiraillée entre le Sud et l’Est expliquent son nouvel album : un voyage musical à la recherche d’elle-même. Rencontre avec une jeune femme attachante pour qui le bonheur se cueille un peu chaque jour. 

photo_1_Elisa_Tovati-274x300Bonheur(s) magazine – Cabine 23, votre nouvel album est un projet atypique : un voyage musical à travers l’Europe.
Elisa Tovati – J’avais très envie de pouvoir relier mes deux opposés, à savoir mes deux cultures (sa mère est russo-polonaise et son père d’origine marocaine, ndlr). Alors avec Bertrand Soulier (chanteur et compositeur), on s’est mis autour d’une table et on a commencé à réfléchir à un concept autour de ça. Comme je voulais aussi parler d’histoires d’amour, d’amitié et que je souhaitais faire un album qui soit réalisé comme un film musical, on s’est dit que l’idée du voyage serait intéressante. Cela me permettait aussi de réunir mes deux passions, la comédie et la chanson. L’idée qu’une jeune femme quitte la France pour s’évader et partir à la recherche de ses origines, ça me plaisait vraiment. On a cherché un ordre précis de chansons qui serait l’ordre du voyage, avec des interludes, des arrêts et des discussions en duo aussi… Je voulais que les gens puissent visualiser le voyage musical, qu’ils s’installent vraiment en cabine 23 dès la première chanson et qu’ils aient envie d’aller jusqu’au bout.

 

Ce périple se fait dans l’Orient-Express. Pourquoi ce choix du train ?

Elisa Tovati – Le train a toujours eu une résonance particulière pour moi. Tout d’abord parce que j’ai été conçue dans un train, et ensuite parce que j’aime prendre le train. Moi qui suis une fille très speed et qui passe mon temps à courir après la montre, quand je suis dans un train, je prends le temps de regarder le paysage qui défile. Le train permet de prendre le temps. Il y a une autre notion d’espace et de temps dans un train et j’avais envie de partager ce ressenti-là. Et puis… une grande partie de ma famille est partie dans les trains de la mort durant la deuxième guerre mondiale… Le train a donc pour moi une symbolique extrêmement forte.

 

Vous avez collaboré pour cet album avec de grands talents : Pierre-Dominique Burgo (auteur pour le Soldat Rose 1 et 2), Ours, Pierre Souchon, Christophe Kasnav… Comment avez-vous réussi à embarquer tout ce beau monde en voyage ?

Elisa Tovati – J’ai contacté directement les compositeurs. J’avais préparé tout un dossier pour leur expliquer le concept dans les moindres détails, avec en support des photos, des extraits de texte, du graphisme… J’ai vraiment eu l’impression de passer mon bac lorsque j’ai ensuite rencontré les compositeurs.

 

Lorsqu’on regarde votre clip Tout le temps, avec son côté très esthétique et son univers cinémato- graphique, ou lorsqu’on prend le temps de repérer les détails qui figurent sur la pochette de votre album, on devine une ultra-perfectionniste.

Elisa Tovati – J’adore les détails ! Ce sont les touts petits rien qui font tenir l’ensemble, comme dans la vie. Pour la pochette de l’album, c’est ma grande sœur qui a créé le concept et le graphisme. Une artiste.

 

Pourquoi ce choix de duos dans votre album ? Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de chanter à deux ?

Elisa Tovati – Lorsque tu voyages dans un train, tu n’es jamais toute seule, tu rencontres toujours du monde. L’idée du duo, de l’échange allait de soi. Et puis, comédienne depuis longtemps maintenant, j’ai appris à partager avec les autres, à jouer avec les autres. Je n’aime pas la solitude, j’adore partager les émotions et les énergies, ça me stimule énormément. Ça m’aide dans le travail et pour vivre. Le partage me tient à cœur, c’est une valeur essentielle pour moi.

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« Je viens du Sud et je viens de l’Est », chantez- vous dans le titre Eye Liner. Le Sud et l’Est, deux mondes complètement différents. Vous sentez- vous en quête d’identité entre ces deux mondes contraires ou bien en accord avec vos origines ?

Elisa Tovati – Je dis souvent pour décrire mon identité : « C’est comme si tu prenais une vodka avec un couscous ». J’ai été imprégnée très tôt d’une culture et d’une cuisine slaves. On me voit en général plutôt comme une méditerranéenne, j’ai les couleurs du Sud par mon père, mais à l’intérieur je suis une fille de l’Est. En fait, je me sens bien dans les deux univers. Quand j’arrive au Maroc, j’ai l’impression que je viens de cet endroit. J’aime enfoncer les pieds dans le sable chaud et là-bas on me parle comme si j’étais marocaine. Mais il suffit que j’entende les premières notes d’un violon slave et mon âme est transpercée…

 

Vos enfants, Joseph, 5 ans et Léo, 2 ans sont aussi un beau mélange culturel…

Elisa Tovati – Oui, mon mari est franco-belge, il est catholique, je suis française et juive. Nos enfants ajoutent tout cela à leur identité. Le mélange est une richesse.

 

Vous êtes comédienne et chanteuse. Avez-vous une préférence entre les deux métiers ?

Elisa Tovati – J’ai besoin des deux. J’ai commencé par la chanson car le cinéma ne me faisait pas travailler assez pour vivre. J’ai besoin de travailler tous les jours, alors même si je tourne deux films par an, ça ne fait que soixante jours de travail par an : ça ne peut pas satisfaire la bosseuse que je suis (sourires). J’ai commencé tôt à prendre des cours de chant et de piano, à vouloir être dans une démarche artistique, et surtout à ne compter que sur moi, à ne pas toujours être dans l’attente du téléphone qui sonne ou dans l’attente du désir de l’autre.

 

Est-ce que fonctionner ainsi vous a évité d’angoisser entre deux films par exemple ? Est-ce que cela vous a apporté un équilibre ?

Elisa Tovati – Quand le cinéma m’a délaissée pendant un moment, au lieu de devenir aigrie, jalouse ou à moitié dingue comme beaucoup d’autres, et bien je travaillais. Les journées où on ne m’appelait pas étaient déjà remplies de textes, de musique, de cours de chant ou de la création d’un album.

 

Qu’est-ce qui, humainement, vous nourrit le plus entre le cinéma ou la musique ?

Elisa Tovati – C’est la musique et non le cinéma qui m’a aidée à me connaître, à savoir qui je suis et surtout à devenir une meilleure personne. Le cinéma, c’est déstabilisant et ça fragilise beaucoup. Moi en tout cas, ça me fragilise.

 

Pour quelles raisons ?

Elisa Tovati – Lorsque tu sors d’un tournage, souvent les gens qui sont tes amis pendant le tournage ne t’adressent plus la parole ou ne t’appellent plus une fois le tournage terminé. Tu les croises en soirée et ils ne te regardent plus ! C’est fini. Étant très sensible, j’ai beaucoup pleuré quand j’étais jeune à cause de ça. Je déprimais pas mal tout simplement parce que je ne comprenais pas ce genre d’attitude…

Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Élisa Tovati dans Bonheur(s) Magazine.

 

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Son nouvel album
Cabine 23
15,99 €
Warner Music

 

 

 

Interview : Alex. – Photos : Fabrice Laroche

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